flowchart LR
DEV["Développement et entraînement<br/>(SSP Cloud : GPU, internet)"] --> REG[("Model registry<br/>MLflow")]
REG --> QUAL["Plateforme de qualification<br/>(iso-production : CPU, réseau fermé)"]
QUAL -->|"latence, mémoire,<br/>cohérence, robustesse"| GO{"Go / no-go"}
GO -->|"non"| DEV
GO -->|"oui"| PROD["Production<br/>(infrastructure interne)"]
Défis organisationnels et d’infrastructure
Ce chapitre est un brouillon, à compléter et à valider par ses auteurs.
Maintenir un modèle en production, la difficulté est surtout ailleurs que dans la technique. Les enquêtes auprès des praticiens et les retours d’expérience de déploiements de machine learning vont dans le même sens : les problèmes les plus durs se situent à la frontière entre équipes, qu’il s’agisse de s’entendre sur les besoins, de négocier la qualité des données ou d’intégrer le modèle dans un système existant (Amershi et al. 2019; Nahar et al. 2022; Paleyes et al. 2022). La codification APE ne fait pas exception. Ce chapitre décrit deux réponses qui ont fait la différence : un data scientist métier, point de contact pour le modèle, et une plateforme de qualification identique à la production.
1 Trois équipes autour d’un modèle
Trois équipes se partagent la responsabilité du modèle, chacune avec ses propres contraintes :
| Équipe | Responsable de | Préoccupation principale |
|---|---|---|
| Équipe métier (répertoire Sirene) | La nomenclature, les règles de codification, les équipes de reprise manuelle | Qualité du code APE et charge des gestionnaires |
| Équipes informatiques de production | Le système d’information du répertoire et l’infrastructure de production | Disponibilité, sécurité, maîtrise des changements |
| Équipe de data science (SSP Lab) | Le pipeline d’entraînement, les librairies, la plateforme de développement | Méthodes, outils, qualité du modèle |
Sans quelqu’un qui soit côté métier et comprenne le modèle, chaque question doit passer d’une équipe à l’autre. Une baisse du taux de codification automatique, c’est du drift ou un effet saisonnier ? Cette erreur signalée est-elle isolée ou récurrente ? Un nouveau modèle peut-il partir en production ? Ces questions restent en suspens, ou sont tranchées par la personne la plus proche plutôt que par celle qui devrait décider.
2 Le data scientist métier comme point de contact
2.1 Pourquoi un rôle dédié
La littérature sur le machine learning dans les organisations décrit les rôles et responsabilités autour d’un modèle en production (Kreuzberger et al. 2023). Elle montre aussi l’intérêt de placer les data scientists dans les équipes métier qu’ils servent, au plus près du domaine et des décisions (Stelmaszak et Kline 2023). Le cadre AIML4OS, écrit pour la statistique publique, en fait une recommandation : tout modèle en production doit avoir un responsable clairement identifié (Tayebjee et al. 2025, ch. 3).
Pour la codification APE, ce responsable est un data scientist placé dans l’équipe métier. Il est distinct de l’équipe d’innovation qui a construit les premiers modèles. Il est à l’aise des deux côtés : il connaît la nomenclature et le travail des gestionnaires, et il sait lire une courbe risque–couverture, lancer un entraînement et relire une pull request.
2.2 Responsabilités
| Domaine | Le data scientist métier… |
|---|---|
| Besoins | Traduit les besoins métier en exigences pour le modèle : accuracy cible \(p^*\), charge de reprise acceptable, codes qui ne doivent jamais être faux |
| Annotation | Organise les campagnes d’annotation et le golden set : échantillonnage, consignes, calendrier des équipes d’experts |
| Retours métier | Recueille les erreurs signalées, distingue les erreurs isolées des erreurs récurrentes, et transforme ces dernières en règles validées par les experts |
| Réentraînement | Pilote le protocole de réentraînement et valide les quality gates |
| Monitoring | Fait une première analyse des alertes du monitoring et décide s’il faut agir |
| Mise en production | Est l’interlocuteur des équipes informatiques de production pour chaque version du modèle, de la qualification au rollback |
| Communication | Rend compte de la qualité à la hiérarchie et aux utilisateurs du code APE |
L’équipe de data science reste responsable des outils : librairies, pipelines, plateforme de développement. Le data scientist métier est responsable du modèle en tant que service rendu au métier. Ce partage permet à l’équipe d’innovation de passer à d’autres projets sans laisser le modèle orphelin.
2.3 Les conditions du rôle
Le rôle ne marche que si quelques conditions sont réunies :
- du temps : réentraînement, annotation et monitoring sont des tâches récurrentes, pas une activité annexe ;
- des accès : la même plateforme de développement et les mêmes dépôts que l’équipe de data science ;
- des compétences : Python, Git, stats, et connaissance de la nomenclature ;
- un mandat : le pouvoir de décider des mises en production, dans des règles convenues avec le métier et l’informatique.
3 Une plateforme de qualification identique à la production
3.1 L’écart entre développement et production
Le modèle est développé et entraîné sur le SSP Cloud, une plateforme de data science ouverte, avec des GPU et un accès à internet (voir Architecture). Il tourne en production sur l’infrastructure interne de l’Insee : CPU uniquement, pas d’accès à internet, limites de ressources strictes et changements très encadrés. Toute différence entre les deux environnements peut faire échouer une mise en production, ou changer le comportement du modèle sans que personne ne s’en rende compte :
- une version de librairie différente, qui change le prétraitement ou les résultats numériques ;
- une ressource que le modèle télécharge au démarrage, inaccessible dans un réseau fermé ;
- une latence ou une empreinte mémoire mesurée sur une machine de développement, pas sur le CPU de production ;
- une différence de configuration dans la façon dont l’API est exposée au répertoire.
3.2 Ce que signifie « iso-production »
La plateforme de qualification comble cet écart en reproduisant la production aussi fidèlement que possible :
- le même environnement d’exécution : image de base, versions de Python et des librairies, builds CPU uniquement ;
- les mêmes ressources : limites de CPU et de mémoire, nombre de réplicas ;
- les mêmes contraintes réseau : pas d’accès à internet, dépendances servies par le gestionnaire de dépôts interne ;
- le même mécanisme de déploiement et la même configuration qu’en production.
3.3 Ce qu’on y mesure
Chaque modèle candidat passe la même batterie de tests avant sa mise en production (voir Protocole de réentraînement) :
- la latence des appels unitaires (médiane, p95, p99) et le débit en batch, sous une charge réaliste ;
- l’empreinte mémoire et le temps de démarrage ;
- la cohérence online / offline : le modèle servi doit reproduire exactement les prédictions hors ligne sur le golden set de test ;
- la robustesse : des entrées mal formées ou inattendues doivent être rejetées proprement, sans faire tomber le service.
Ce sont les métriques non fonctionnelles de l’évaluation, qui n’ont de sens qu’ici.
3.4 Qui fait quoi
| Étape | Équipe de data science | Data scientist métier | Production informatique / architectes |
|---|---|---|---|
| Artefact du modèle et suite de tests | Fournit | Relit | — |
| Plateforme de qualification | Utilise | Utilise | Fournit et maintient |
| Go / no-go | Conseille | Décide | Vérifie les critères d’exploitation |
| Mise en production et rollback | — | Demande | Exécute |
4 Défis ouverts
- Pérenniser l’annotation. Le golden set demande aux experts métier un effort d’annotation modeste mais continu, qui entre en concurrence avec leur travail quotidien de codification.
- Compétences et continuité. Un seul data scientist métier, c’est un single point of failure : il faut un suppléant et de la documentation.
- Garder les plateformes alignées. Chaque changement en production (image de base, limites de ressources, règles réseau) doit être répercuté sur la plateforme de qualification, sinon la qualification perd son sens.